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Les forgerons

Ce livre, troisième époque, racconte comment le destin accompagné de la bonne fortune intervient sur la vie de Mélissa. Dans cette troisième époque, Mélissa va encore une fois suvire la volonté des dieux, mais en échange du plus grand cadeau qu'ils pouvaient lui offrir. Au prix de son sang elle va conquérir l'amour et le respect des légionnaires de la cinquième légion Alaudae, mais aussi celui de César, qui lui consacrera désormait une amitié sans failles.

 

Le retour des deux fils

    La plupart des cenae sont prises dans le triclinium et durent plus longtemps qu'autrefois, tous les sujets de discutions sont partagés et les enfants aiment à courir autour des banquettes. Marcus est comme il se doit sur la banquette du milieu, sur celle qui est à sa droite y prennent place Mélissa et Sina. Orgétorix s'étale volontiers sur la banquette de gauche. Chacun racontant sa journée aux autres, tout cela dure depuis bien trop longtemps pour continuer encore.

    — Mélissa, ma fille, je te trouve bien pensive.

    — Oh, je réfléchis...simplement.

    — Es-tu triste ? A quoi penses tu donc pour avoir cette mine.

    — Écoutez moi, je crois bien que j'ai une idée qui va vous plaire, j'y pense depuis longtemps et je me dis qu'un peu de mouvement nous ferait du bien.

    — Ah !... que vas-tu nous inventer comme histoire pour me faire mourir de peur ? Quand tu parle d'un peu de mouvement, je m'attends à un dramatique avenir.

    — Rassure toi père, je n'invente rien de dangereux pour personne, mais je me dis qu'un petit voyage en famille nous ferait du bien.

    — Si c'est un petit voyage en famille, je suis d'accord avec toi que cela ne saurait nous nuire, mais où veux-tu aller ?

    — Revoir le pays de mon enfance.

    Tiens... un silence parcours les convives, heureusement qu'ils sont tous couchés sur leur banquette, au moins aucun ne risque de tomber à la renverse. Des regards interrogateurs sont tournés vers Mélissa et attendent la suite, comme s'il manquait quelque information. Marcus est le premier à réagir.

    — Pour un petit voyage, j'en connais de plus courts, tu te rends compte du chemin ?

    — Je n'ai jamais oublié ce long chemin qui m'a conduite jusqu'à Rome, rassure toi, mais là, les conditions ne sont pas les mêmes. Il ne s'agit pas d'un transport d'esclaves dans d'épouvantables voitures, et tu n'es pas non plus un marchand d'êtres humains. D'ailleurs, si je croise celui là sur mon chemin, je lui ouvre la gorge pour lui apprendre le goût de la vie.

    — Calme toi ma petite Mélissa, ton idée n'est pas folle, il faut juste y réfléchir ensemble et on en reparle un autre jour, si tu le veux.

    Levée d'un bon, Mélissa embrasse Marcus comme une enfant gâtée qui vient de recevoir un cadeau, elle sait déjà que l'affaire est entendue et qu'il faut juste s'occuper de ce qu'elle appelle, les menus détails, ainsi que de la préparation du trajet.

    — Marcus je t'adore, tu es un merveilleux père.

    — Je n'ai pourtant pas l'impression d'avoir dis oui.

    — C'est vrai, mais comme tu ne dis pas non c'est la même chose.

    — Bien sûr Mélissa, c'est la même chose puisque tu le dis, tu sais bien que « non » est un mot que je m'interdis de te prononcer depuis toujours. Mais je te préviens tout de suite, on ne part pas demain matin.

    A ces mots là, tous se mettent à rire de bon cœur et la soirée se finit dans la bonne ambiance. Parler d'un voyage en Gaule excite les esprits, chacun y va de ses idées quant à la date à retenir ou le moyen de transport le plus sécurisé pour tous. Sur le sujet de la sécurité, Marcus sait qu'il dispose d'une bonne troupe, entre Orgétorix et ses deux filles il ne craint pas trop l'aventure. Seule Sina aux yeux bridés reste silencieuse, elle écoute les autres parler d'un pays qu'elle ne connaît pas, sinon de renommée, et pour lequel elle ne perçoit que ses habitants qui vivent à Rome, comme Mélissa et Orgétorix.

    Naturellement, les jours qui suivent sont presque entièrement consacrés à ce sujet, comment rejoindre la terre gauloise, la route est longue en traversant le nord du pays et les montagnes sont difficiles, la mer semble un moyen efficace d'aller jusqu'à Massilia, si Neptune y est favorable, et de là, il faut préparer un itinéraire afin de choisir les villes étapes les plus importantes. Affréter un bateau n'est pas en soit un problème, mais il faut réfléchir aux conditions de navigation toujours précaires. Marcus sait que souvent des marchandises sont perdues lors de naufrages, il ne tient pas à ce que sa famille soit une marchandise perdue.

    Finalement, après plusieurs jours de délibérations, l'option d'un départ en bateau n'est pas retenue, en contournant la Gaule cisalpine, le groupe éviterait bien des difficultés et rejoindrait directement la province narbonnaise, mais les risques sur mer sont très importants, alors que la terre ferme semble plus sûre. Avec des routes bien établies, très fréquentées par les marchands et la troupe, le risque semble moindre. A mi parcours, Massilia, ville grecque à l'origine et qui n'est pas réputée pour être une ville particulièrement joyeuse, sera une étape importante. Ils y seront bien traités et ils pourront faire une pose confortable avant de prendre la route qui les conduira plus au nord. De là, ils pourront se réapprovisionner, changer ou réparer les voitures ,puis, si nécessaire, remplacer les chevaux fatigués pour la deuxième partie du voyage.

    Pour la date du départ, le mois de Junon est retenu, vers le début du mois serait bien, reste à déterminer le jour précis. Chacun s'accorde à dire que le petit dernier ne sera pas du voyage car pour lui les risques sont plus élevés, voir trop élevés pour son âge. De toute façon, en plus de sa nourrice habituelle, il y a ici bien assez de femmes pour s'occuper de lui. Il est en tout cas trop jeune pour une si longue pérégrination. Mélissa ne disposant que de peu de lait maternel l'a rapidement sevré et confié à de belles esclaves à la forte poitrine, des femmes capables de nourrir plusieurs enfants et qui se font un honneur d’allaiter le sien. Il est difficile de comprendre ce qui traverse l'esprit des nourrices, mais que le fils d'une déesse, descendant directe de Jupiter le bon le grand suce le bout de leurs tétons, procure à ses femmes un plaisir, mêlé d'honneur et de fierté. Ici, la divinité de Mélissa ne fait aucun doute pour personne, on ne lui obéit pas par obligation ou par crainte, mais par respect, parce qu'on l'aime, on lui obéit.

    Chacun est encore imprégné du souvenir de sa dernière prestation, tous se souviennent comment à la fin de cette journée de pleurs et de prières elle est revenue le corps ensanglanté, et comment elle a su rester humble pour tous. Carnifex, le médecin de la maison, celui qui connaît mieux que quiconque le corps de Mélissa, a raconté sans la trahir tout ce que son métier lui a donné à voir. Il n'a jamais dévoilé ce que l'intimité de ses relations avec sa maîtresse lui a permis de connaître, mais il a décrit avec force arguments la merveille de son corps de déesse, les blessures qu'elle a endurées sans se plaindre, et tous les traitements les plus virils qu'il lui a fait subir pour qu'elle soit prête à combattre.

    Lors des longues soirées d'été, quand il fait trop chaud pour trouver le sommeil, les gens se réunissent sous les arbres, assis directement sur le sol ils écoutent les histoires des uns et des autres. Celles de Carnifex sont particulièrement écoutées. Il est souvent amené à raconter la même histoire, mais il trouve toujours des détails à ajouter, sinon à les inventer si cela est utile ce jour là. Carnifex est un esclave grec érudit sachant lire et écrire, il n'a donc aucune difficulté à enjoliver ses histoires pour passionner encore plus son auditoire. De fait, chacun connaît Mélissa comme s'il l'avait lui même tenue entre ses mains. Quand dans la journée, elle passe devant eux, ils imaginent sans peine ses fesses rondes et ses cuisse fermes, ses seins durs et son ventre plat. Comment par la suite résister à ses ordres ? Cette femme, dans les veines de qui circule le sang des dieux, n'a rien à exiger, elle obtient tout en quelques mots et un sourire.



*



ad III Nonas Martius DCCLXXIV.



    Aujourd'hui, Marcus est allé à Rome consulter les Augures afin de connaître la date exacte à retenir. Le voyage en terre gauloise est d'importance, c'est un long parcours qui peut être semé d’embûches, alors il ne veut pas prendre de risques pour lui et sa famille. En consultant les Augures, il a l'assentiment des dieux, et pour assurer le plein succès de sa requête il a offert plusieurs victimes ainsi qu'une belle bourse pleine de sesterces, les dieux sont si conciliants au tintement des pièces, que cela arrange toujours les présages en faveur du demandeur.

    Il est donc décidé que par la voix et la volonté des immortels, ils partiront longtemps avant les Ludi Apollinares, afin de ne pas être retenus par une lubie de Tibère qui n'a sûrement pas digéré sa déconvenue avec Mélissa. Une de ses turpitudes comme il en a le secret, pourrait bien mettre un frein à leur expédition, mais avec des dates fixées sous l'égide des auspices, approuvées par les dieux, Marcus se sent à l'abri des contretemps, reste à régler les détails.

    Pour une famille romaine de quatre adultes et une enfant, il faut bien au minimum une quinzaine d'esclaves, dont la moitié au moins, doit être constituée par des hommes sûrs et capables de prendre les armes. Marcus n'a connu la Gaule qu'en compagnie de ses légions, alors il n'en garde pas un souvenir à proprement parler de vacance. Il sait que les gaulois sont de braves types, mais il sont arrogant et fiers, il ripostent à toutes provocation même les plus futiles. Il se souvient que, sans en connaître vraiment la cause, un village s'est attaqué à sa légion. Le déséquilibre des forces ne laissant aucune chance aux gaulois, ils sont gaiement allés se faire tuer contre le campement des romains. Mourir au combat étant le plus court chemin pour atteindre le pays des dieux, les gaulois y courent, c'est aussi pour l'honneur de la famille qu'il faut périr les armes à la main. Quel peuple étrange.

    L'intendant Procurator, l'homme au nez sec, va comme il sait si bien le faire depuis des années, se charger de conduire la propriété et de veiller à la bonne marche des récoltes, ainsi qu'à la vente des produits. Homme froid et efficace, il a toute la confiance de son maître, avec l'appui de quelques hommes forts, l'ordre et la discipline seront assurés sans grande difficulté.

    Sénateur de Rome appartenant à une illustre famille, Marcus se voit contraint à l'interdiction de tous négoces, le travail étant exclusivement réservé aux basses couches de la société romaine, et en priorité aux esclaves, puis aux affranchis. Ses plus gros clients sont des réguliers qui achètent chaque année les produits de sa propriété, son absence n’entraînera ni mévente ni encombrement des entrepôts.

    Alors que les préparatifs du voyage vont bon train en ce onze Mars, cinq jours avant les ides, un messager de la légion arrive chez Marcus et demande à être reçu par le maître de la maison.

    — Avé , je suis le centurion Decimus Furius Antoninus

    — Avé centurion, suis moi, mon maître va te recevoir.

    Les deux hommes entrent dans l'atrium et l'esclave laisse le centurion attendre d'être invité plus avant dans cette maison. Son attente est toutefois de courte durée, car c'est à grands pas que Marcus vient à lui.

    — Que se passe-t-il ? As tu des nouvelles de mes fils ?

    — Avé sénateur Marcus Fabius Quintus ! Je suis le centurion Decimus Furius Antoninus et je t'apporte de bonnes nouvelles de tes fils.

    — Avé centurion Antoninus, allons parle vite, dis ce que tu sais.

    — Le général Titus Marcus Fabius Primus arrive chez toi avec son frère le général Lucius Marcus Fabius, ils me font dire qu'ils vont bien, mais que Lucius est en convalescence d'une blessure maintenant en voie de guérison.

    — Mon fils Lucius a été blessé ?

    — Oui sénateur Marcus, mais sois rassuré il va fort bien maintenant, il a juste besoin d'un peu de repos.

    — Quand leur retour est il prévu exactement ?

    — Je ne peux pas le dire précisément, mais je n'ai que peu d'avance sur eux, peut être demain ou après demain tout au plus. Sûrement demain. Nous sommes à Rome depuis plusieurs mois déjà, mais le consul Germanicus nous a tenu au camp jusqu'à maintenant. Avant de nous libérer, il veut d’abord effectuer ses préparatifs pour fêter son triomphe avec ses généraux. La date choisie pour célébrer son triomphe est le septième jour avant les calendes de juin, comme c'est encore loin, le général Titus a obtenu que nous soyons en permission jusqu'à cette date.

     — Ah c'est parfait ! Quelle joie pour moi de les revoir enfin. Oh ! Parvus ! Va chercher Procurator, je veux qu'il pourvoit à tous les besoins de cet homme, file vite. Et toi mon garçon, n'es tu pas éreinté par toute cette route ? Tu vas te reposer avant de repartir, à moins que tu puisses les attendre ici. Je suis allé à Rome et j'ai appris la présence du consul, ainsi que ses victoires sur les barbares germains. Tout cela fait beaucoup de bruits car c'est un vrai triomphe qui l'attend, mais je ne savais pas que mes fils étaient arrivés avec lui. Resteras tu avec nous pour les attendre ?

     — Je n'ai pas d'obligation pour rejoindre ma légion au plus tôt, mais je ne veux pas non plus t'imposer ma présence.

     Un courant d'air fait soudainement irruption dans la pièce, Mélissa, prévenue de la présence d'un visiteur de l'armée, vient s'informer aussi discrètement que d'habitude. Le jeune soldat se demande bien qui est cette belle sauvageonne, son allure et ses cheveux blonds ne font pas d'elle une romaine, une esclave favorite du maître de séant ? Peut-être bien.

     — Ah ! Père, est-ce un de tes fils ?

     — Non ma fille... mais un messager envoyé par eux pour me prévenir de leur arrivée imminente.

     — Ah bon !... Dis donc, tu es plutôt beau gosse toi ! Ils sont tous comme toi dans ton armée ?

    Le beau gosse en question rougit de cette remarque inattendue, et Mélissa s'en retourne avec un bruyant éclat de rire.

     — Rassure toi mon garçon, ma fille est vive et elle aime s'amuser de tous, ta figure déconfite l'a fait rire.

     — Sénateur, tu as là une remarquable fille, je ne suis pas vexé par son compliment peut être douteux à mon égard, mais je suis juste surpris par son dynamisme.

     — Oh ! Pour son dynamisme comme tu le dis si bien, tu n'as encore rien vu, elle vient de se montrer dans un moment de grand calme pour elle, donne lui ton glaive et elle fonce seule contre ta centurie.

     — Je crains sénateur que tu exagères un peu les capacités réelles de ta fille, mais je veux bien croire qu'elle ne s'en laisse pas conter.

     — Crois moi, je n'exagère rien du tout, elle a tué dans l'arène un géant barbare germain. Puisque tu viens de là bas, tu sais comment ils sont faits ces gens là. Plus récemment elle a aussi vaincu plusieurs gladiateurs le même jour et aussi tué un énorme tigre, non, je n'exagère vraiment rien.

     — Ta haute position de sénateur m'oblige à te croire, j'espère dans ce cas que tu n'as qu'une fille chez toi.

    — Justement non, mais ma deuxième fille est beaucoup plus calme, elle se présente plus comme une femme habituelle, sa spécialité est limité à la chasse aux grands fauves, les hommes ne sont pas son gibier préféré, elle les trouve trop mous.

     —! ? Avec tes deux généraux de fils, dans quelle maison suis-je tombé ?

     — Tu as raison, pour un étranger tout cela paraît un peu fort, mais que veux tu, les dieux font leurs choix et nous obéissons. Ah ! Procurator, je te présente le centurion Antoninus, un émissaire envoyé par mes fils, ils sont de retour dès demain alors je veux que tu t'occupes de tous ses besoins pour aujourd'hui et tu prévois également son hébergement.

     — Oui maître, il va en être fait comme tu me l'ordonnes.

     — Et pense aussi à mes deux garçons ! S'ils arrivent demain, je veux qu'ils soient bien reçus chez eux.

     — Oui maître, j'avais déjà compris ton désir, je fais tout pour bien les accueillir. Toi soldat, suis moi, je vais te donner de quoi te restaurer et te montrer où tu pourras prendre tes pénates.

     Puisqu'il est invité, le centurion Antoninus suis Procurator.

     — Avé ! sénateur Marcus, salue tes filles pour moi.

     — Je n'y manquerai pas, mais tu ne perds rien pour attendre, une rencontre avec elles est inévitable. Avé soldat !... Parvus ! Vas chercher mes filles et dis leur que je les attends dans l'atrium.

    — Oui maître.

     Marcus se dit – à juste titre – qu'il doit préparer ses deux filles, Titus et Lucius ne connaissent pas leurs sœurs et les filles ne connaissent pas non plus leurs frères. Sina ne posera pas de problème, elle est toujours présentable et très aimable, mais Mélissa est depuis sa naissance un vrai casse tête pour ses parents. Il faut pour ce jour là au moins, qu'elle s'habille en femme romaine, et surtout qu'elle ne provoque pas un regrettable incident juste pour rire. Le général Titus en particulier pourrait n'apprécier que fraîchement ses gauloiseries, ses années de guerre ont dû sûrement affermir son caractère déjà fermé.

     Après les premières émotions, la ferveur reprend de plus belle. En plus du voyage qui ne peut plus être remis à plus tard, vient s'ajouter la visite des deux fils de Marcus. Ils sont absents depuis tant d'années que leur père se demande bien s'il va les reconnaître, ils ont dû changer aussi, ils sont de vrais hommes maintenant, et lui Marcus, que vont ils penser de lui ?

     — Ah ! Mes filles, venez dans mes bras.

    Les deux sœurs par adoption se placent dans les bras de Marcus, chacune de son côté, elles le prennent par le cou et l'embrassent sur les deux joues en même temps, sans se poser la question de savoir pourquoi il leur demande de venir dans ses bras.

     — Mes petites filles chéries, j'ai une bien grande nouvelle à vous annoncer.

    — C'est en rapport avec le beau légionnaire ?

     — Oui Mélissa, comme tu le dis, mais Sina n'est pas encore au courant.

     — De quel beau légionnaire parlez vous ?

    — Bien... laissez moi respirer pour que je puisse parler. Sina, tu n'es pas informée que mes deux fils arrivent ici dès demain, ou après demain au plus tard ?

    — Non père...je ne suis pas au fait de cela.

    — Tiens Mélissa, prends donc des leçons de bien parler auprès de Sina, une vraie aristocrate romaine. Mais en fait, ce n'est pas le propos. Voilà... aujourd'hui un messager vient d'apporter cette merveilleuse nouvelle, mes deux fils sont vivants et ils viennent voir leur pauvre père accablé par l'âge et les douleurs, ne pouvant presque plus résister à ses deux filles. Ce sont des généraux de l'empire, il ont fait campagne avec Germanicus, César en personne, mais ils ne vous connaissent pas encore. Pour toi Sina je n'ai pas de souci à me faire, reste comme tu es chaque jour et tu seras parfaite, tu es belle et élégante comme une vrai romaine. Mais pour toi ma petite Mélissa, je te demande un effort, au moins pour le premier jour de votre rencontre.

    — Oh mon père... pourquoi dis tu cela ? Tu ne m'aimes donc plus ?

     — Ma fille chérie... pour ne plus t'aimer il me faudrait être mort, comment peux tu penser une pareille chose ? Non, en fait je voudrais, ou plutôt je te demande d'être une femme comme ta sœur pour recevoir tes frères. Ils ne t'ont encore jamais vue, regarde comme tu es avec ta braie de gaulois et ta chemise débraillée jusqu'à' ta poitrine, que vont ils penser de leur père ?

     — Eh bien, ils n'ont qu'à penser que leur père à très bon goût.

    Marcus resserre la taille de Mélissa et contre toute attente dépose un baiser sur son sein.

    — Que me fais tu donc faire mon enfant, mais comment te résister quand tu fais tes yeux doux, je vous aime toutes les deux plus que personne d'autre dans l'empire, mais pensez que mes garçons rentrent d'une interminable campagne de guerre, ils doivent retrouver leurs marques romaines en arrivant ici.

     — Nous allons tout faire pour les recevoir en digne héros de l'empire du monde des hommes, c'est promis.

    — Si toi Mélissa tu me promets d'être sage, je te crois volontiers, ce qui m'inquiète le plus c'est ton interprétation de la sagesse, comme Orgétorix, je crains toujours le pire.

     — Marcus tu exagères, il n'y a pas fille plus sage que moi dans Rome et ses environs, il faut juste ne pas m'embêter, c'est tout, c'est pas compliqué.

     Sur ses bonnes intentions, les deux sœurs quittent Marcus et montent dans leurs appartements privés pour, à coup sûr, parler de chiffons et de beaux garçons.

    Tard dans la soirée la cena se prolonge et on parle bien sûr du futur voyage en Gaule, mais surtout du retour des enfants prodiges de Marcus. Le jeune soldat, tout de même centurion de son état, est l'invité privilégié à cette table. Placé à gauche du sénateur, près d'Orgétorix, il se situe face aux deux filles, un admirable point de vue pour ses yeux, trop petits pour les contenir toutes les deux. Il fait à cette occasion la connaissance de Mélissa en femme romaine, vêtue d'une stola blanche, le bas brodé de fil d'or, elle lui laisse alors une toute autre impression que l'après midi. Est-il possible que cette femme splendide soit la même personne que la furie rencontrée lors de son arrivée ici ? Cette délicate question posée à Sina, se voit confirmée par un non moins délicat sourire.

     — Ma divine sœur a en elle la douceur d'une nymphe et la la puissance d'un dieux que seule sa divine beauté peut nous voiler. Mais je t'en préviens, gare à ses courroux, tu n'y survivrais pas. Voilà qui est fait pour les présentations.

     Antoninus avale sa salive, a t-il bien fait de poser cette question ? Bien que la réponse lui soit parvenu en douceur, que cache t-elle vraiment, de quel courroux lui parle donc la belle asiatique ?

    Le pauvre se voit la cible de toutes les questions, chacun et chacune veut savoir ce qu'il s'est passé exactement sur les frontières avec la Germanie. Germanicus, le fils de l'empereur rentre pour célébrer son triomphe à Rome, pourquoi un triomphe ? Et comment est la région, car c'est bien là leur destination prochaine. Antoninus est un peu retenu pour parler de cette campagne dans le nord des Gaules, ses généraux le feront demain, ils pourront vanter leurs mérites s'ils le souhaitent.

     Les deux filles utilisent tous leurs charmes pour le faire céder, avec ses yeux noirs Sina pose sur lui un regard de velours auquel il peine à résister, et Mélissa, avec ses yeux clairs comme le bleu du ciel finit de le désarmer. Elles n'hésitent pas à le caresser discrètement, pour de futiles propos, elles touchent sa peau de soldat qui frémit et dresse ses poils à chaque effleurement. Antoninus apprécie la douceur et l'intérêt quelles lui portent, mais Orgétorix regarde faire sans rien dire, un sourire aux lèvres montre pourtant qu'il comprend le jeu des filles. L'espiègle Mélissa a tout combiné, il en est sûr, et elle entraîne Sina pour faire sombrer le beau légionnaire. Finalement vaincu, il dévoile une partie de la campagne, sans trop de détails malgré tout.

     — Nous avons dû reprendre le contrôle de quatre légions qui se sont révoltées contre la tutelle de l'empire, mais l'an dernier, nous avons remporté une fameuse victoire, d'abord dans la plaine d'Idistaviso, et le lendemain dans la vallée des Angrivarii, contre le chef germain Arminius. Le premier jour il s'est honteusement échappé du champs de bataille, mais pour revenir le deuxième jour à la tête de nouvelles troupes, là, les dieux romains lui ont réglé son compte pour de bon. C'est lui qui par sa trahison avait fait mourir trois de nos légions et conduit le général Varus au suicide, cette fois Germanicus les a tous vengés.

    — Je suis heureuse d'apprendre ce que tu me dis, il vient en fait de terminer le travail que j'ai moi même commencé ici.

    — Que veux tu dire Mélissa ? Si tu me permets de t'appeler par ton nom ?

    — Pour toi comme pour tout les autres c'est le nom que mes parents m'ont choisi, tu peux donc sans crainte m'appeler Mélissa. Et pour te répondre... Arminius, ce roi, ou pour le moins un grand chef germain, avait sous ses ordres un autre chef nommé Orbrioviste, et qui participa au massacre de la forêt de Teutoburg, puis qui par la suite, a également massacré ma famille et mes amis. Je l'ai tué de mes mains, ici même, dans l'amphithéâtre du champs de Mars à Rome. J'ai promis à l'empereur Auguste que son sang rachèterait la vie d'un premier légionnaire de cette sale affaire, et j'ai tenu parole.

    — Tu as parlé au dieu Auguste ? Et tu as tué un barbare pour l'honneur d'un légionnaire ?

    — J'ai dis ! C'est vrai, mais j'ai aussi voulu venger ma famille.

    Le brave Antoninus se lève et s'approche vers elle, il met un genou à terre et se saisit du bas de la stola qu'il porte à ses lèvres. De l'entendre narrer avec tant de simplicité sa terrible aventure, il éprouve un profond respect envers cette femme qu'il ne finit de découvrir.

    — Relève toi soldat, je n'ai sans doute pas plus de courage que toi, mais les dieux ont porté ma volonté et ma force bien au delà des frontières humaines, je suis comme vous tous, une simple esclave de leurs désirs. Toi qui est romain, tu sais qu'avec la volonté de l'esprit notre corps est toujours assez fort.

     Antoninus lâche le tissu et se relève, puis il regarde les yeux de Mélissa dans lesquels il doit y lire tout à la fois tendresse et fermeté, sa voix tremble d'émotion. Cette femme encore si jeune sait déjà que ce sont les esprits qu'il faut vaincre, pas les corps.

     — Non, tu n'es pas comme nous tous ici, je vois bien que coule en toi le sang divin qui seul peut conduire à de tels prodiges. Au nom de ce légionnaire inconnu que tu as racheté par ton courage, accepte mon éternel affection, par tous les dieux, tu comptes un fidèle serviteur de plus, je ne demande pas d'autre privilège que d'être esclave à ton service.

    — Cela est dit, mais ce n'est pas un esclave de plus que j’attends de toi, je t'accepte comme un ami, ta fidélité trouvera toujours en moi force et réconfort, parle moi sans crainte et sans honte, je t'aiderai chaque fois du mieux qu'il me sera alors possible.

    Antoninus salue Mélissa en frappant du point sur sa poitrine, puis il rejoint sa couche aux côtés d'Orgétorix, jusqu'à la fin du repas il ne changera pas de banquette. Fatigué par l'heure tardive, Marcus se retire.

    — Mes chers enfants, il se fait déjà bien tard, alors si sans être retardés mes fils arrivent demain, je veux être là à les attendre.

     Il se lève le premier et quitte ses convives, l'air heureux d'un père satisfait. Mélissa et Orgétorix ne tardent pas à suivre son exemple, alors que Sina se propose pour tenir compagnie à Antoninus encore quelque temps, sous prétexte de ne pas vouloir le planter là tout seul.

     Personne ne saura jamais quelle sorte de compagnie elle a partagé avec lui, mais qu'importe après tout, par la grâce de Vénus, les rencontres imprévues sont parfois pleines d'agréables surprises. Dans l'arène, Sina a souvent vu sa vie suspendue à un coup de patte plus rapide que les autres. Antoninus sur les champs de batailles a côtoyé de près une mort qui n'a pas encore voulu de lui. Ajouter les risques d'épidémies, de maladies diverses et variées, les risques de famines, comment résister au divin appel de la déesse Vénus. Pourquoi refuser à leurs corps le plaisir qu'ils réclament tous les deux ? On peut croire qu'Antoninus est ici pour avoir juste délivré un message au sénateur Marcus, mais il n'en est rien, il est là par la volonté des dieux. Ici et maintenant, se joue son avenir prochain, il le comprendra plus tard.

*

    Pridie Idus Junius DCCLXXIV.

    Au milieu de la quatrième heure d'un grand jour, le sénateur Marcus Fabius Quintus Maximus, attend ses glorieux fils de retour chez eux. Comme... La suite dans le tome 3 de Mélissa: Retour en Gaule.

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Dernière mise À jour:  13-07-2011