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Paneau Melissa Les tigres de Tiberius
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Empereur Tiberius

Ce livre, deuxième époque, racconte la cruelle machination qui va entrainer son époux Orgétorix à vivre des conditions extrèmes. Par son courage et sa détermination, sous l'égide de Diane, elle va montrer toute la force des dieux à recouvrer son honneur et celui de sa famille. A travers cet épisode, le lecteur découvre le vrai visage de Mélissa, sa volonté à aller jusqu'au bout et quelque soit le prix à payer.

L’affaire Ismaël


    a.d. V nones Maius DCCLXIX.

Rome, neuvième région, un quartier situé derrière le Capitole, proche du champs de Mars et à deux pas du temple de Neptune. Une rue à l'ouest du théâtre de Pompée, entre le champ de Mars et le Tibre. C'est tard dans cette chaude nuit du trois mai, que tout commence.

    Deux hommes passent d’une porte à l’autre – afin de ne pas être vu – ils se déplacent en se cachant derrière les piliers des arcades couvrant les trottoirs, en se jouant de la lumière de la lune, ils se placent dans les coins d'ombre et restent totalement invisibles, sans aucun bruit avec leurs chaussures à semelles de corde, personne ne se doute de leur passage. L'immense fourmilière humaine si bruyante le jour, est d'un incroyable silence la nuit. Seuls les forums et les rues qui y conduisent sont encore et toujours le théâtre d'un va et vient de voitures, transportant les marchandises à vendre dès le lendemain matin.

    Ces lieux de vie nocturne si animés confortent d'autant le silence alentour. Les chaussures à clous des vigiles se font entendre dans une rue ou dans une autre, tantôt rassurantes pour certains, elles sont aussi une vraie crainte pour d'autres. Sans autre éclairage que la lumière naturelle de la lune, les gens honnêtes ne sortent que fort rarement à des heures aussi tardives, seuls des groupes d'ivrognes se disputent les trottoirs, à moins qu'ils ne soient des jeunes gens de bonnes familles, ou des légionnaires en permission en quête d'aventures sexuelles, cherchant pour un soir ou pour une nuit une âme en peine, disposée à les écouter ou à partager leurs besoins, et pour quelques malheureux sesterces satisfaire leurs envies. Près du forum Boarium en bordure du Tibre, de nuit comme de jour la rue du bonheur connaît une telle activité. Dans le centre de la ville, le quartier Subure, derrière le forum d'Auguste, entre le Viminal et l'Esquilin offre des filles pour deux As seulement, mais dans ces bas-fonds coupe gorges, seuls les inconscients osent y pénétrer, ou bien des groupes de jeunes gens en quête d'émotions à peu de frais.

    Les deux hommes qui nous intéressent cette nuit là n'appartiennent pas à l'une de ses catégories de passants nocturnes, la discrétion de leur déplacement est à elle seule un aveu de leurs craintes. A l'inverse des bruyants fêtards, ils marchent sur la pointe des pieds pour rejoindre la demeure de Lintrarius qui loge au rez-de-chaussée d’une vielle insula, plutôt mal entretenue. Les deux hommes, tapis contre le mur, surveillent attentivement de chaque côté, si les vigiles qui veillent à la tranquillité des nuits de Rome passent par ici, ils sont refaits.

    La police prétorienne n'est que très rarement de nuit dans ces étroites ruelles, mais un bruit ou une ombre suffit pour qu’ils accourent dont on ne sait d'où et, dans ces rues mal famées, ils ne prennent pas beaucoup de risques, le plus souvent ils étripent avant de poser des questions. Depuis longtemps les vigiles ont remarqué que leurs tripes sur le trottoir, les gens sont certes moins bavards, mais aussi beaucoup plus tranquilles.

    Enfin arrivés sans encombre à destination, ils frappent discrètement sur le battant d’une porte branlante – qui depuis longtemps a perdu sa peinture d'origine et dont le bois trop sec ne réagit plus à rien – pour laquelle le manque d'entretien montre la pauvreté des gens qui habitent ici. Les insulae sont presque toujours organisées suivant le même schéma : le rez-de-chaussée est réservé aux artisans et commerçants, ou aux propriétaires, au dessus, les affranchis, puis enfin les derniers étages réservés pour les esclaves qui ne logent pas chez leur maître, ou bien alors pour des plébéiens vraiment trop pauvres, qui vivent souvent plus mal que les esclaves eux même. Il est souvent préférable d'être esclave dans une riche famille que libre et trop pauvre. Pour beaucoup de ces derniers, simples clients de riches mécènes, leur sportule de quelques sesterces quotidiens – six en moyenne – suffit tout juste à étouffer les cris de leurs estomacs affamés.

    Après quelques instants, dans une insupportable attente qui leur a paru bien longue, un « Qui c’est ? » aussitôt suivit d’un « C’est nous ! » cèdent la place à un bruit de serrure mal atténué par une main plaquée dessus, un léger grincement de gonds rouillés les invite à entrer dans la demeure. Enfin... demeure... ! ?

    — Entrez vite, vous êtes en retard, je vous attendais plus tôt que maintenant.

    — De l’agitation dans le quartier a attiré les prétoriens, on a été obligé d'attendre pour venir chez toi.

    — Bon d’accord, mais votre guide est reparti depuis longtemps, vous allez rester ici pour cette nuit.

    — Oui, nous ne ferons pas de bruit, tu peux être tranquille.

    — Demain vous serez conduits dans les ergastules et de là vous pourrez vous échapper.

    La demeure en question est un bien minable taudis, en parfait accord avec le reste des logements de cette rue. Cette première pièce est carrelée au sol avec des dalles de pierres, les murs ont autrefois été peints en deux couleurs séparées par une cimaise. La partie inférieur en rouge et le haut en ocre claire, quant au plafond noirci par la fumée de l'âtre, il est avec le temps devenu uniformément sale. Ce devait être autrefois la boutique d'un artisan ou d'un commerçant, mais qui s'est maintenant transformée en habitat au prix d'un loyer sûrement le plus cher de l'immeuble, puisque au rez-de-chaussée. Lintrarius est plutôt bien habillé, pas des vêtements de luxe, mais des tissus assez neufs, avec des couleurs encore vives qui montrent que l'homme dispose quand même de certains moyens pour se vêtir.

    Son épouse elle aussi est habillée proprement, avec une stola verte en bon tissu, décolletée devant et derrière, passée sur une tunique beige, des cheveux bouclés bruns pas très bien coiffés, la peau mate et des yeux bien noirs. Elle n'est plus très jeune mais conserve de beaux traits, son sourire un peu forcé montre ses craintes, elle ne veut peut être pas troubler ses invités, mais elle a peur, ses histoires ne lui plaisent pas et elle en a souvent parlé avec son mari Lintrarius, si un voisin mal intentionné les dénonce, ils sont sûrs de finir dans l'arène. Toute corruption ou trafic contre l'état est sévèrement punis, l'empereur Tibère ne tolère pas les infractions envers la loi, il prétend qu'elles sont toujours néfastes pour sa notoriété, et aussi néfastes pour la conduite des affaires. Dans un sens il n'a pas tort, mais les abus de ses fonctionnaires le rendent très impopulaire au yeux de la plèbe. A cette époque, les serviteurs de l'état se montrent très dur à l'encontre de pauvres bougres qui n'ont pas les moyens de s'offrir les services d'un avocat. La corruption est monnaie courante et au service de tous les nantis, elle n'est pas prête à disparaitre de si tôt. Malgré les risques encourus, Lintrarius est prêt lui, pour de l'argent, à prendre des risques inconsidérés pour sa famille et ses acolytes.

    Quoi qu'il en soit, il fournit nourriture et boisson à ses visiteurs nocturnes et, pour cette nuit, les deux compères vont avoir un toit où ils pourront dormir en sécurité. Les deux visiteurs – qui sont de la race Juive – cherchent à quitter Rome pour sauver leurs vies. L’entreprise n’est pas sans risque, mais rester pour l’enrôlement est pour eux un billet d’entrée prioritaire pour l’enfer.

    Les deux hommes doivent avoir entre vingt cinq et trente ans, guère plus, surtout le plus jeune, à peine vingt cinq ans. Ils sont tous les deux vêtus d'un burnous de bonne qualité, le tissu est visiblement encore neuf, leurs sandales en cuire sont également flambantes neuves. Le plus âgé, Ismaël, est légèrement courbé, les mains toujours jointes sur la poitrine. Il a l'attitude des gens craintifs, son regard est fuyant, sa voix est peu audible, tout de la victime présumée. L'autre, le jeune, est plus curieux du monde qui l'entoure, il scrute la pièce où il vient d'entrer et observe les gens qui s'y trouvent. Son attention est retenue par la femme de Lintrarius, dans un coin de la pièce, elle s'occupe de ses gamelles, osant à peine tourner son regard discret vers les étrangers. Un gamin, le sien sûrement, est accroché dans les plis de sa stola, il dévisage les deux hommes en grignotant un quignon de pain sec.

    L'atmosphère est tendue, les gens sont comme chien et chat réunis dans une même cage.

    Aucune animosité ne devrait exister entre eux, mais la femme de Lintrarius sent mal cette histoire. Ils doivent absolument partir au plus vite, pour cela un guide va les conduire à Ostie d’où ils pourront embarquer discrètement, une fois à bord, leur chance de vivre peut s’en trouver nettement améliorée. Pour l'heure ils disposent juste d'une simple paillasse de paille couverte par une couverture râpée, même inconfortable, elle est toujours mieux que de dormir directement sur le sol, ils finissent par se laisser emporter par leurs rêves de liberté.

    Dès le lendemain, les choses se compliquent pour eux, celui qui devait les conduire hors de la ville s’est fait arrêter de bon matin par la police. Une simple dispute à propos d’un morceau de pain ou d’une rasade de bière, peut être même à propos de rien. Du bruit dans l’auberge, les cris de la serveuse, un banc qui se renverse, et voilà la police du prince qui embarque tous les fauteurs de trouble.

    « Ah ! Les imbéciles, à croire qu’ils le font exprès, ils savent bien que tout est prétexte pour les arrestations sommaires. »

    Arrêtés comme simples témoins ils seront interrogés comme tel, mais en ces temps qui courent, les simples témoins ont une fâcheuse tendance à simplement mourir d’une simple interrogation, ou à finir dans l’arène comme objet d’un spectacle que pour la première et dernière fois de leur vie, ils verront d’aussi près, encore mieux que d’une place de sénateur. Les recommandations sont pourtant simples, silence et discrétion, être invisible, simplement ne pas exister pour personne. D’ailleurs pour le coup, ils pourraient bientôt être parfaits dans leur rôle puisqu’ils ne vont peut être pas tarder à ne plus exister.

    Maintenant il faut trouver un autre guide, dans l'immédiat les hommes ne sont pas en danger, mais après une petite séance de torture bien menée sur leur guide, suivie d'une honnête dénonciation, tout peut vite arriver et se serait une catastrophe pour tous, les fauves de l’amphithéâtre n’attendent qu’eux pour se régaler.

    Lintrarius envoie son jeune fils acheter du pain et lui confie en même temps une mission de messager, personne ne prête attention à un gosse avec une miche de pain sous le bras. Le gamin, de peut être dix ans, est moins bien vêtu que ses parents, une simple tunique râpée de couleur marron et des sandales en corde, sont tout ce qu'il a sur lui. Habitué à jouer et à traîner dans ces rues, il n'est pas conscient du risque que ses parents lui font prendre, se promenant d'une rue à l'autre dans insouciance générale, le gamin se dirige dans le quartier voisin du sien.

    Le risque pour lui consiste surtout à ne pas se faire écraser par la foule, toujours très dense dans les étroites rues de Rome. Arrivé devant une boutique où l'on vend des articles pour la plupart en osier – fabriqués sur place – il pénètre sans hésitation dans la demeure qu'il connaît bien. Un homme est assis là, en train de réaliser un gros panier à pain, il lève les yeux lorsque l'enfant est devant lui et le reconnaissant immédiatement, c'est sans poser de question qu'il se lève et l'entraîne dans l'arrière boutique.

    — Que viens tu faire ici ?

    — C'est mon père, il dit que tu dois venir le voir chez lui et que c'est urgent. Il y a deux hommes qui attendent à la maison depuis hier soir.

    — Depuis hier ? Mais ils devaient partir hier soir.

    — Quand ils sont arrivés avec du retard, celui qui devait les guider était déjà reparti, alors ils sont restés chez nous pour la nuit.

    — Ah ! mince... bon, dis à ton père que je vais passer ce soir.

    En sortant de la boutique, le gosse s'arrête chez le boulanger pour acheter sa miche de pain, une grosse miche d'au moins huit parts, puis reprend le chemin du retour sans plus de précipitation que pour venir. Il connaît bien le quartier, et quelques rues plus loin il est vite de retour chez lui. Son père l'attend avec impatience, les deux autres hommes aussi.

    — Alors, tu l’as vu ?

    — Oui, je lui ai tout raconté et il va venir te voir ce soir.

    — Bien, mais garde le silence sur tout ça, tu sais ce que je t'ai dit.

    — Oui oui, je le sais, je ne dis rien du tout.

    Les trois hommes parlent entre eux de leurs affaires tandis que la femme de Lintrarius prépare une collation. Pour le moment il n'y a pas de risque particulier, tant que leur présence reste secrète, mais leur absence de chez eux va sûrement vite se remarquer et ils ne peuvent pas rester ici trop longtemps. Les curieux et les bavards ne manquent pas, même sans mauvaise intention, un mot de trop dans une oreille malfaisante peut dénoncer leur présence. Heureusement leur attente n'est pas trop longue et dans l’heure suivante, on frappe à la porte. Le silence tombe dans la pièce, ami ou prétoriens ? Est-ce l’homme attendu par les trois compères ? La tension monte rapidement comme s’ils prenaient d’un seul coup conscience de leur folie.

    — Allez vous cacher dans cette pièce, je regarde qui c’est.

    Les deux visiteurs disparaissent et Lintrarius va ouvrir la porte. Là, un homme d'une quarantaine d'années attend pour entrer. C'est le vannier de tout à l'heure, il n'a pas traîné à venir mais son air montre un homme contrarié par la situation.

    — Ah ! c’est toi Tacitus Amicus ? Entre vite ils sont là.

    — Alors, que se passe t-il bon sang ?

    — Celui qui devait les conduire aux ergastules s’est bêtement fait arrêter par les prétoriens, je ne sais pas pourquoi ils l’ont arrêté, mais je crains qu’il parle de notre affaire, ils ne doivent pas rester ici plus longtemps.

    L'épouse de Lintrarius apporte une cruche de bière et quatre timbales en terre cuite, les hommes prennent place de chaque côté de la table, les deux clients du même côté sur un banc, les deux compères sur un autre banc, en face. Ils résument leur histoire et cherchent une bonne solution qui satisfasse à tous, la sécurité primant sur le reste. Après réflexion et la cruche vidée, Tacitus se lève de table et dit.

    — C'est sûr qu'il va nous dénoncer, il faut agir vite, mais as tu de quoi payer ?

    — Oui !

    Bon ! qu'ils se tiennent prêts une heure après le coucher du jour, je viendrai les chercher.

    — Oui entendu, ils seront prêts.

    — Bien, alors à ce soir.

    Un grincement, la porte s’ouvre pour laisser le visiteur s’en retourner aussi discrètement que lors de son arrivée.



*



    La journée passée à attendre semble ne jamais vouloir finir, mais pourtant le jour faiblit pour laisser place aux ombres, les hommes sont anxieux et tendus, est-ce que le guide va venir ? Dès que le jour se décide enfin à céder sa place à la nuit, ils épient chaque bruit de la rue et leur inquiétude ne cesse de grandir. Soudain, des sandales cloutées se font entendre sur le pavé .

    — Praetoria cohors ! Cachez vous vite !

    Les clous arrêtent leurs cliquetis devant la porte, ils vont entrer, c'est sûr. Lintrarius est sur le point de suffoquer, mais ouf ! Ils repartent. Peut être de simples légionnaires qui se sont arrêtés là pour compter leurs sesterces avant d'entrer dans la caupona du coin de la rue.

    Leur attente finit quand même par être récompensée, on frappe à la porte, après un nouveau grincement et une nouvelle tension pour tous, le même homme que ce matin, Tacitus Amicus, fait irruption.

    — Ils sont prêts ?

    — Oui !

    Lintrarius, qui a de grosses gouttes de sueur sur le front, appelle les deux hommes dissimulés dans la pièce à côté, il leur recommande de suivre Tacitus Amicus, et surtout de faire exactement tout ce qu’il va leur demander. La nuit, maintenant bien établie, la fine équipe quitte la demeure de Lintrarius et se faufile furtivement le long des murs. Plusieurs rues et changement de direction plus tard, ils se figent sur place.

    — Hé ! Vous la bas, ARRETEZ VOUS !

    Des bruits de pas en tous sens – les semelles cloutées ne trompent pas sur l'identité de ceux qui viennent de les interpeller – ils ne savent plus quelle direction suivre, ils sont cernés de tous côtés.

    — Les prétoriens ! Filons d’ici ! Chacun pour soit !

    Profitant de la nuit, ils tentent le tout pour le tout et ... La suite dans le tome 2 de Mélissa: Les tigres de Tiberius.

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Dernière mise à jour:  13-07-2011