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Gaulois Julius Florus

    Ce livre, cinquième époque, racconte la dernière grande révolte des peuples gaulois. La victoire romaine est innévitable mais, de nouveau, les deux peuples seront réunis pour un avenir incertain qui est pourtant notre passé.


I

Le messager du prince

 

    ad VIII Idus Aprilis DCCLXXIV

    

    Sous l'ombre d'un arbre fleuri, Marcus aime a se reposer, au crépuscule de sa vie bien remplie, ses souvenirs se bousculent pour revenir à lui, se mêlant plus par les sentiments que par leur chronologie. Il approche soixante dix ans, un age honorable qu'il porte encore bien malgré que les jours lui semblent de plus en plus durs ; ses déplacements à Rome sont plus rares également, les longs discours au sénat lui pèsent et il n'aspire plus maintenant qu'à attendre, en compagnie de Métilia l'aînée aux beaux cheveux blanchis, le jour béni de retrouver les dieux ; son épouse chérie qu'il n'a jamais oublié, et sa fille qu'il n'a jamais pu connaître.

    Sur son banc de pierre, assis sur un épais coussin, Marcus regarde la jeune esclave qui lui verse une boisson fraîche, ses gestes sont lents et précis. Elle porte une courte tunique blanche en fin tissu de lin importé d'Egypte, des sandales de cuir lacées autour de ses chevilles et une ceinture de laine rouge. Ses jambes sont fines, âgée de dix ou douze ans son bassin est encore étroit, elle n'a pas non plus de poitrine, ou si peu. Elle porte une chevelure brune et épaisse qui ondule jusqu'en bas de son dos.

    Devant lui, sur sa table de marbre, un grand nombre de feuillets encore vierges attendent que la magie de l'encre inscrive sur leur dos la belle histoire de sa vie. Moi, Scriba Tiro, je suis là pour prendre note de ce que mon maître me dicte, ou plutôt me raconte, quand Marcus commence à parler il oublie le présent pour revivre tous ces moments de peines, mais aussi de joies. Pensif depuis un moment, je n'ose le troubler, la fraîcheur de la petite esclave ravissant le cœur du vieux maître.


    *

    — Comment t'appelles tu ?

    — Je m'appelle Lucilia maître.

    — Lucilia ?... Viens près de moi, assieds toi ici.

    — Maître...je ne sais si je dois...

    — Moi je sais pour toi, viens.

    — Oui maître.

    — Non ! Pas sur la pierre froide, place donc ce doux coussin sous tes fesses, tu seras mieux.

    La jeune esclave, nommée Lucilia, s'assoit sur le coussin désigné par son maître, elle tremble de ne pas savoir ce qui l'attend maintenant, pourquoi est-elle donc assise sur ce coussin, près du maître de la gens Fabia, leur père à tous.

    — C'est toi qui a préparé ce délicieux jus de fruits ?

    — ! ?...Oui maître.

    — Prends un verre, sers toi sans crainte.

    La petite Lucilia se sert une timbale de son jus de fruit, une jolie timbale en forme de cratère, faite en argent avec le pied et le bord couverts d'or fin, mais elle n'ose boire, son maître lui a seulement dit de se servir.

    — Eh bien ! Veux tu que je te fasse boire mon enfant ? Ou peux tu le faire toi même ?

    Lucilia le regarde d'un air un peu interrogatif, puis du bout des doigts, se saisissant de la timbale elle la porte à ses lèvres. Marcus apprécie ses gestes déjà très féminin, mais elle boit comme l'enfant qu'elle est encore, en tenant l'objet avec ses deux mains. Le liquide frais, si rare pour une esclave, coule comme une sève vivifiante dans son petit gosier asséché par cette chaude journée de printemps. Ses yeux se tournent vers Scriba, attendant sans doute son assentiment sur son geste, mais comme elle, il n'est qu'un esclave. Secrétaire particulier et confident du maître il bénéficie de très nombreux privilèges, comme celui de se servir à boire sans autorisation, mais il n'a pas son mot à dire en présence de son maître Marcus.

    — Tu aimes cela ?

    — Oui maître, c'est très bon.

    Reposant la timbale, elle se lève pour continuer son service, mais Marcus pose une main ferme sur la cuisse de la jeune enfant et l'empêche de se relever, que lui veut-il ? Elle est bien trop jeune pour cet homme âgé. Marcus sourit en la regardant s’asseoir, il a compris sa peur.

    — Ah ! N'aie donc pas peur de moi, je ne suis plus qu'un vieil homme usé, je veux juste parler avec toi.

    — Maître, parler avec moi ? Je ne suis que ton esclave.

    — Oui ! Parler avec toi ! Il y a longtemps que tu es dans ma maison ?

    — Je suis vernae maître.

    — Tu es née ici ? Je ne t'ai pourtant jamais vu, du moins il me semble.

    — Je suis a ton service depuis hier seulement.

    — Ah ! C'est cela, mais où étais tu avant ?

    — Je travaillais au service de ma maîtresse Mélissa, maître.

    — Ma chère fille, tu la regrettes ?

    — Non, mais avec elle j'étais très heureuse, je suis un peu triste maintenant.

    — As tu commis une faute, est-elle fâchée contre toi ?

    — Non, pas du tout, maîtresse ne m'a jamais fait de remarque, je l'aime et je la sers bien chaque jour.

    — Alors pourquoi es tu ici ?

    — Je ne le sais pas, elle m'a dit que je saurai te servir mieux que personne... je ne sais pas pourquoi.

    — Ma fille te connaît fort bien, si elle a dit cela, c'est sans aucun doute vrai. Regarde, c'est la première fois que tu me sers, et déjà je prend plaisir à te parler. Ce soir elle sera là pour la cena que j'organise à l'occasion de la visite de son ami Honestus, je veux que tu t'occupes de moi afin de montrer à tous que je t'ai bien remarquée, je saurai peut être pourquoi tu es à mon service.

    Marcus se laisse aller en arrière pour prendre appuis sur le dossier du banc sur lequel il est assis, une main sur l'épaule de Lucilia, il la serre contre lui. La tirant plus encore, il dépose un baiser sur sa tête, puis la libère de son étreinte.

    — Ma petite fille, si je pouvais encore avoir ton âge... quels beaux souvenirs sont en moi et que ta fraîcheur ravive. Allez vas, ce soir je te veux belle et, près de moi.

    Un instant d'émotion se lit sur son visage, puis Marcus reprend le récit de sa vie, utilisant l'écriture codée, Scriba note rapidement pour ne pas perdre un mot sortant de la divine bouche de son maître, le texte sera ultérieurement réécrit en bon latin. Avant de partir, Lucilia écoute, elle ne comprend sans doute pas tout ce qui est dit, mais elle dévore des yeux son bon maître qui lui offre du jus de fruits et embrasse ses fins cheveux bruns.

    

    *

    

    Pour l'heure, il importe surtout de se préparer pour la cena de ce soir, Honestus est en visite avec son épouse pour, officiellement, présenter son fils. Mélissa tient à lui donner une belle image d'elle même, avec lui aussi il y aurait sûrement beaucoup à dire.

    Depuis son affrontement contre Honestus, il y a presque un an déjà, Mélissa a vu peu de monde, chacun vivant chez lui et vacant à ses occupations quotidiennes, le temps passe comme l'eau du Tibre sous ses ponts, inexorablement fuyante, mais toujours présente.

    Dans la cubicula de Mélissa, Alnia s'évertue à la coiffer.

    — Tu as de très beaux cheveux maîtresse, mais ils ne sont pas faciles à faire tenir en place comme je le voudrais.

    — Ils sont comme moi, ils ne restent pas tranquillement a leur place.

    — Ce n'est pas ce que je voulais dire maîtresse.

    — Oh ! Tu peux bien le dire, je sais que c'est vrai.

    Les deux femmes se connaissent si bien qu'elles parlent souvent d'égale à égale, Alnia ne se sent pas diminuée et Mélissa ne se croit pas supérieure à sa servante. Au contraire d'autres riches maisons où les esclaves sont parfois si mal traités, simples objets dotés de la parole, ici les servantes sont heureuses. Mélissa ne les bat pas, rarement elle les dispute, mais toujours elle les aime. En retour elle reçoit également leur amour, toutes aiment à s'occuper d'elle: la cajoler, la caresser, la masser, la traiter comme le bijou inestimable qu'elle est pour tous ses esclaves. Bien sûr Alnia reste la plus proche, elles se connaissent depuis que Mélissa est entrée dans la maison de Marcus, coiffeuse attitrée elle a aussi en charge le soin du corps de sa maîtresse, là elle est au mieux de ses espérances.

    Mélissa lui a bien souvent fait remarquer qu'elle devrait prendre un homme pour vivre avec elle, mais Alnia prétend qu'elle ne veut pas partager son amour avec une autre personne, sa maîtresse lui suffit.

    Que dire de plus dans ces cas là ? A l'évidence Alnia est éprise de Mélissa et rien n'y changera jamais, elle préfère les femmes, et là, avec Mélissa elle est servie. Cet état n'est pas sans avantage non plus, Mélissa peut se laisser aller sans crainte d'être violée ou, pour le moins être bousculée par un homme ne résistant plus à son charme, ses caresses sont des plus douces et de plus, elle est une source de renseignements des plus abondante.

    

    *

     A Rome, quelques jours auparavant et après avoir donné en spectacle son corps sculpté par le grand Praxitèle lui même, la jeune danseuse s'enferme dans sa cubicula, espérant enfin un peu de repos. Ces soirées sont toujours fort éprouvantes pour elle car, après le spectacle, elle doit encore subir les désirs des hommes fortunés qui demandent après elle. Quoi que ne faisant pas parti du groupe des prostituées de l'établissement, elle est bien souvent obligée de céder devant les pièces qui tombent sur le comptoir du maître de maison.

    La plupart des prétendants sont d'un âge avancé, ils aiment a simplement la regarder, voir onduler sa croupe pour leur seul plaisir, sans n'avoir rien à partager avec d'autres. Les mains curieuses sont autorisées sur le corps de la danseuse qui ne peut s'y soustraire, c'est seulement quand l'un d'eux tente une pénétration hardie que la fille se dérobe. Le tarif généralement pratiqué pour elle ne prévoit pas ce genre de fantaisie, non pas qu'elle soit moins chère qu'une autre, mais son maître veut la conserver intacte, elle est bien trop belle pour être dégradée en échange de quelques sesterces. Avec son beau corps, non seulement elle attire de nombreux clients, mais elle les incite à rester pour profiter du spectacle qu'elle donne chaque jour et, bien-sur, à consommer de la bière ou toutes autres gourmandises proposées par l'établissement.

    Une fois le client émoustillé par ses charmes, il appartient aux filles de continuer le travail entrepris sur ses sens. Deux jeunes filles, l'une de neufs ans et l'autre de onze ont pour tâche de piéger les hommes. Douées d'un coup d’œil sans faille, elles viennent les voir puis, relevant discrètement le bas de leur tunique elles invitent les mains aux doigts curieux à faire une visite de leur intimité. Quand le client est pris dans les filets du désir, d'un rapide mouvement des sourcils la relève prend la place ainsi préparée ; les adultes savent faire les choses qui assurent de plus confortables bénéfices. Bien que la méthode puisse être réprouvée, les enfants ne sont jamais utilisés à des fins qui dépassent le raisonnable pour leur âge.

    Il arrive parfois que la danseuse cède à l'amour d'un beau jeune homme, mais dans ce cas le tarif est fort élevé, pour son propre plaisir elle cède, car presque rien ne lui revient, elle est seulement payée au douzième des sommes perçues. Ce soir pourtant, aucun n'aura ses faveurs, aucun ne saura la persuader de lui donner pour un temps son merveilleux corps. Fatiguée, nerveuse, elle peine à trouver un semblant de sommeil, personne ne la dérange ce soir.

    Il n'y a que son jeune frère qui puisse être près d'elle, le petit Nautius a toujours le droit d'être à ses côtés. Comme souvent, ce soir il lui porte de la nourriture et de la boisson, puis alors qu'elle se restaure un peu il reste à ses genoux, la caressant doucement. Il aime caresser ses cuisses rendues fermes par les efforts consentis, puis après quelques baisers, il pose sa tête sur son ventre et s'endort sur elle. L'enfant n'ayant plus qu'elle comme proche parente, il se réfugie sans cesse dans ses jupons afin d'y trouver un peu de ce qu'il croit être un lieu de sécurité. Il est vrai que dans cette maison sa vie n'est pas en danger, mais il est traité comme un chien, toujours à travailler et souvent remercié par un coup de pied aux fesses.

    Cette nuit il sera contre elle pour dormir, la danseuse sait que demain sera une rude journée mais qu'elle pourra peut être en tirer quelque profit. Elle devra donner un spectacle de danse dans une riche famille patricienne et, pour cela encaisser une somme d'argent sûrement bien plus élevée que d'habitude. Ajoutée à son peculium elle pourra peut être même acheter sa liberté si le client paie suffisamment sa prestation, alors elle doit être au mieux de sa forme. C'est ce que son maître, le tenancier de la boutique lui a confirmé, avec son douzième elle pourra acheter sa liberté, le client qui doit être un homme très fortuné a du payer fort cher.

    Alors que le prix moyen pour un esclave ordinaire est de deux mille sesterces, certains ont sur leur table des poissons à cinq mille sesterces la pièce, c'est proprement ahurissant d'imaginer cette malheureuse bestiole plus chère qu'un humain, beaucoup plus chère. Pour elle c'est son immense beauté et ses qualités de danseuse qui sont vendues, dans ce cas là le prix n'a rien à voir avec sa valeur propre. De toutes manières, de valeur elle ne vaut que deux mille sesterces, comme tout le monde.

    Le maître de la danseuse a dû en demander un prix fort élevé, il sait que les millionnaires de Rome n'ont aucun sens de la cherté de la vie, tellement habitué à dépenser des sommes folles pour offrir des cadeaux ou des jeux afin d'être élu à la prochaine élection qui aura lieu, voir simplement pour parader aux yeux ébahis de tous. Le très fortuné Apicius, cuisinier du prince Tibère, n’hésite pas à dépenser jusqu'à un million pour un repas, alors la danseuse, elle n’existe vraiment pas. Dans Rome le bruit c'est fait entendre qu'Apicius est allé jusqu'en Afrique, qu'il a affrété un bateau simplement parce-qu’il avait entendu parler de homards d'une qualité supérieure à toute autre, et cela malgré les risques et les périls d'une traversée en mer.

    

    *

    

    Après une bonne nuit de repos la danseuse est bien disposée, heureuse de ce beau jour qui s'annonce. Son jeune frère est rapidement expédié aux cuisines d'où il rapporte un solide déjeuner, le corps musclé de la jeune femme doit être copieusement alimenté. La tenancière s'est montrée particulièrement sympathique, ce qui la change bien des habitudes de ces jours ordinaires ; à la vue du contenu du panier à provisions, le client a vraiment dû payé très cher pour elle. Un bain lui est ordonné, des parfums et une tunique neuve lui sont aussi fournis. De sa vie, jamais elle n'avait réuni au même instant toutes ces faveurs ; un corps propre, bien nourrie, parfumée et dans des vêtements neufs, non vraiment jamais tout à la fois.

    Dans le balneum privé de la maison, ses cheveux noirs sont lavés avec soin, avec non moins de soin son corps est passé à l'éponge par une fille – servante aux bains quand elle n'a pas de client à satisfaire – puis parfumé. Le petit frère a lui aussi pris grand plaisir à passer l'éponge sur le corps de sa merveilleuse sœur, sans en sentir les attraits car encore trop jeune, il n'en est pas moins enveloppé par sa beauté. Pour la première fois de sa vie elle n'a pas à travailler, juste attendre qu'un envoyé du client vienne la chercher, alors elle regarde les autres qui sont à l'ouvrage et profite au maximum de son temps à ne rien faire.

    A être traitée de la sorte, elle pourrait se croire une riche femme libre, lavée et caressée par ses esclaves qui n'ont pour tâche que son seul plaisir. Que cela est agréable de laisser choir son corps aux mains expertes, les doigts savants glissants sur sa peau rendue lisse par les huiles parfumées et ne cherchant rien d'autre que son extase. Assurément que pour être traitée de cette manière, le client a dû là aussi, payer très cher pour ces préparatifs, les huiles parfumées et les vêtements neufs ont été fournis par lui, alors elle sait déjà qu'elle ne pourra rien lui refuser. Pourvu qu'il soit encore un jeune et beau garçon comme elle les aime, le viol en sera bien moins difficile à supporter.

    

    *

    

    Tôt ce matin, dans le quartier de Subure, un homme frappe à la porte d'une gargote qui n'ose afficher son nom. Après avoir toqué plusieurs fois, enfin la porte s'ouvre sur une femme aux cheveux gras et plutôt défaits, les traits tirés de celle qui vient de passer une trop courte nuit.

    — Qu'est-ce que c'est ?

    — Je viens chercher la danseuse.

    — Bon d'accord, entre et attend ici !

    La danseuse est amenée vers l'esclave en belle tenue qui vient la chercher, il est accompagné par deux gardes en armes. L'homme sérieux ne lui sourit pas, il en fait le tour et la détaille de près, observant sa tenue il frotte aussi sa peau pour en vérifier la finesse et la douceur, il en sent aussi la bonne odeur. La qualité du produit lui paraissant surement suffisante, il hoche de la tête, puis remettant une bourse bien remplie au tenancier il passe devant, invitant la danseuse à rester derrière lui, les deux gardes fermant la marche.

    Est-ce pour elle une telle escorte ? Peut être simplement pour éviter qu'elle ne s'échappe, elle n'en sait rien mais suit fièrement car elle va enfin sortir de ce maudit quartier pour aller vers le centre de la Ville. Le forum romain, entre le Capitole et le Palatin, le centre du monde où se décide le sort des hommes et de toute l'humanité soumise au prince, le père de tous, le père de la grande patrie romaine. Dans les rues elle s'identifie à une vestale, confondant ses gardes avec des licteurs, mais peut importe puisque les gens s'écartent sur son passage. Une escorte pour elle seule, même un rêve auquel elle n'avait pas encore songé se réalise pour de vrai, c'est merveilleux, mais quel sera son éveil ?

    Le petit groupe arrive du côté du Tullianum – la prison d'état –, passe vers la Curie Julia et descend le forum romain en direction du mont Palatin. La danseuse est émerveillée de voir peut être pour la première fois toute cette beauté qui l'entoure. Laissant derrière elle le Capitole, elle admire toutes ces statues de bronze représentant les grands hommes qui ont bâtis la ville et fait l'empire, les temples et les divinités sont partout présents. Se sont surtout les statues-acrotères sur les frontons des temples, entièrement couvertes d'or, qui retiennent le plus son attention, les autres qui sont plus près de sol sur des piédestal, sont peintes avec adresse, les couleurs réelles pour la peau et les vêtements leur donnant vie.

    Des deux côtés les tabernae offrent à leurs clients de quoi dépenser sans compter, ici il y a de tout : des soies de chine, des aromates du bout du monde, des bijoux, de la nourriture, des esclaves fraîchement arrivés, rien ne manque pour qui possède fortune.

    Malgré une foule de gens qui vont en tous sens, le petit groupe suit son chemin en longeant la basilique Aemilia et toutes ses boutiques de marchands d'or, prêteurs en tout genre et usuriers faisant ou défaisant les fortunes. A cette heure matinale, les plus riches défilent déjà, suivis par une kyrielle de clients espérant mériter un surplus à leur sportule, si leur patron pose seulement un regard sur eux.

    Au bout, la voie pavée vire à droite, puis de là passant devant le temple de Jupiter Stator ils traversent la via nova et se dirigent vers le mont Palatin. Par la Clivus Palatinus ils atteignent enfin le saint des saint. Devant le temple d'Apollon, le groupe tourne sur sa droite, traverse une petite place puis s'engage dans une galerie cryptoportique d'où un escalier leur donne accès à la domus de Tibère. Le prince du monde habite là, et c'est là qu'elle est conduite.

    Dès son arrivée, la jeune femme est prise en main par un homme sévère, l'esclave et les deux gardes l'abandonnent immédiatement. Elle rejoint un groupe d'autres danseurs et danseuses, des jongleurs et des musiciens sont également présents. Toute la journée est consacrée à la répétition du rôle de chacun, les mises en scène sont parfaitement écrites et les chorégraphies maîtrisent habilement la symbiose entre les gestes et la musique.

    Tous les participants savent qu'ils n'ont pas droit à la plus petite erreur, une faute de leur part et c'est la mort en prime. Ici, dans la maison du prince il n'est pas toléré le moindre écart, chaque numéro doit être absolument parfait. Qu'un jongleur échappe un objet, qu'un danseur glisse sur le marbre ou qu'un musicien commette une fausse note et leur vie prend fin. Avec de tels arguments il est certain que les numéros présentés sont d'une rare qualité.

    La journée du lendemain est elle aussi consacrée aux répétitions, puis les jours suivants jusqu'à ce que tout soit parfait. La belle danseuse comprend dès ce premier jour qu'elle n'est pas ici pour une seule journée, elle devra patienter encore avant de retourner dans son quartier. Elle ne s'attendait certes pas à une pareille chose, mais elle est respecté par tous ceux qui sont ici et, hormis l'entrainement très sévère, force est de reconnaître qu'elle est bien traitée, la nourriture est de grande qualité et les bains sont quotidiens. Des esclaves hommes et femmes s'occupent de soigner son corps comme si elle était une princesse, alors pour le moment elle profite de l’aubaine et n'est pas pressée de retourner dans son auberge de Subure.

    Après chaque bain, un homme à la peau noire et à la forte corpulence s'occupe de son massage. Il utilise des huiles parfumées qu'il fait savamment pénétrer, entre ses grosses mains elle n'est qu'un fragile objet, mais l'homme est un expert tout aussi adroit que délicat. Assurément elle n'est pas payée pour ces tripotages, mais comme elle y trouve tout son plaisir, elle ne saurait s'en plaindre...

La suite dans le tome 5 de Mélissa: La révolte des Eduens.

Gaulois Julius Sacrovir
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Dernière mise à jour:  13-07-2011